Entretien avec Constantin Kazansky

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Constantin Kazansky, parolier, musicien, chanteur, comédien au Parc Central de Novossibirsk le 31 juillet 2013.

J’aurais du rencontrer Constantin Kazansky à la 8ème édition du festival de bardes en hommage à Vladimir Vyssotski, sur les rives du lac Obskoe, à Berdsk à une heure de train de Novossibirsk, mais c’est quelques jours plus tard que nous avons discuté brièvement, dans le centre de Novossibirsk, puis par la suite il a accepté de répondre à quelques questions.

1.Comment l’enfant que vous étiez, né dans une petite ville universitaire sur les bords du Danube, s’imaginait-il plus tard?

Quand vous grandissez dans les années 50, dans une atmosphère, mêlée de Tortilla Flat, Cambridge et Clochemerle (ce que j’ai déjà écrit dans une de mes chansons bulgares) et que cela se trouve du mauvais côté du “rideau de fer”, ma foi… on prend l’habitude d’être heureux dans l’instant présent et on rêve à des choses pas si compliquées mais irréalisables dans le contexte de l’époque. Quel est le métier qui mélange théâtre, musique et poésie? Peut-être la mise en scène…

2. Y a-t-il une ou des histoires autour de votre prénom, de votre nom?

Mon nom de famille vient du village natal de mon père : Kazanka. Mais on trouve le même nom de famille en Russie et ailleurs. Ce qui explique l’existence de Казанский, Kasanski etc. avec lesquels je n’ai rien à voir. Je porte le prénom de mon grand-père maternel. L’orthographe Kazansky a été choisie par mon père qui a fait ses études à Toulouse dans les années 30. Sinon, en cyrillique, je tiens à l’orthographe bulgare, sans “й” à la fin. Non pas par patriotisme mais pour “annoncer la couleur”, je ne suis pas russe.

3. Y a-t-il une personne qui, enfant, vous inspirait plus particulièrement?

Non. Nous étions une génération qui lisait énormément tout et n’importe quoi, qui s’intéressait à toutes sortes de musique, à la poésie (française, russe et bulgare en ce qui me concerne, ainsi qu’à tout ce qu’on pouvait trouver comme traduction dans une de ces trois langues) et notre “panthéon” ressemblait à une tour de Babel qui ne cessait de s’agrandir en montant… vers un ciel muré.

4. Comment, enfant, imaginiez-vous la mort?

Enfant, on ne peut pas s’imaginer la mort. Je l’ai vue mais cela ne me concernait pas. J’étais immortel. Certes, cela dépend des circonstances.

5. Si le Paris cosmopolite que vous avez connu était une personne, comment serait-elle?

Comme la Dame aux camélias, entretenue par d’Artagnan.

6. Auriez-vous aimé vivre à d’autres époques, ailleurs?

Concernant les époques, j’avais des idées très précises tant que je me savais immortel. J’en avais aussi pour la version “plusieurs vies”. Depuis que je sais que je n’en ai qu’une seule, je m’abstiens.

7. Quels endroits aimez-vous dans Paris?

J’en avais plusieurs mais en 40 ans Paris a changé. Il est de moins en moins “mon” Paris. C’est normal. Cela a toujours été comme ça. Maintenant, il est plus propre mais moins spirituel. L’esprit c’est comme un plat de tripes : plus on les lave, moins elles ont de goût.

8. Qu’est ce que la liberté pour vous?

Pouvoir fumer ma pipe dans tous les endroits où on pouvait fumer au début des années 70. Ce n’est qu’un exemple, mais il est beaucoup plus significatif qu’on pourrait le croire à première vue. Sinon, pour le reste, vous pouvez méditer sur les deux dernières strophes d’une chanson de Vissotsky : Мне вчера дали свободу // Что я с ней делать буду. (Hier, on m’a rendu la liberté//”Que vais-je faire d’elle?”) Ou jeter un coup d’œil sur la biographie de Tommaso Campanella. Il y a plus grave que le manque de liberté.

C’est le manque d’esprit.

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9. Lorsque vous pensez aux différents âges de la vie, où exactement aimeriez-vous pouvoir recommencer ou faire autrement?

Je ne ressens pas ce besoin. J’aimerais pouvoir continuer le plus longtemps possible ainsi et tant que dans la vie quotidienne je n’ai pas besoin de me rappeler en permanence que je n’ai plus 20 ans…

10. Pour lesquels de vos défauts avez-vous le plus d’indulgence et le plus de sévérité?

Le mélange de défauts et de qualités est comme l’équilibre dans la nature. Je suis trop fainéant et peut-être trop égoïste pour m’atteler à cette tâche égocentrique de l’analyse de moi même. Par contre, mon épouse qui me tolère depuis bientôt 40 ans, pourrait faire une thèse sur ce sujet. Je ne crois pas qu’elle serait complètement dénuée d’objectivité.

11. Quels sont les plus beaux risques que vous ayez jamais pris ou que vous auriez aimés prendre?

Plusieurs. Le fait d’avoir tout fait pour ne pas avoir à choisir un métier « stable ». Le fait, après avoir été reçu premier dans l’équivalent de Sciences Po bulgare de ne pas avoir terminé mes études pour éviter de devenir un simulacre de diplomate. Le fait d’être resté en Occident, ce qui me semblait et s’est avéré la moins mauvaise des solutions etc. Sinon, je n’aime pas prendre des risques. Je ne suis pas aventurier par nature dans la vie. Par contre, dans le métier…

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12. Quels sont les mots, en français, en bulgare ou en russe que vous préférez?

Je n’ai pas de préférence. Les mots, c’est comme les notes. C’est le mélange qui compte. Trouver le bon mot au bon endroit. J’aurais aimé manier les trois langues que vous énumérez comme Jean Dutourd ou Sacha Guitry maniaient le français. Malheureusement, ce n’est pas le cas – et de loin… – dans aucune des trois.

13. Quelles musiques écoutez-vous régulièrement ? Quels musiciens, compositeurs ?

Régulièrement : rien. J’essaye de me vider les oreilles de la musique sur laquelle je me suis cassé la tête. Une fois terminé, j’ai besoin de donner le temps à mon ouïe pour que les oreilles retrouvent une certaine virginité. Et je passe à la commande suivante. Dans l’intervalle, il se peut que l’envie de se rappeler où se trouve le Nord, fait que l’on écoutera du Chopin par Horowitz, ou de la musique des laoutars roumains (certains…), ou Luis Prima, ou Julio Iglesias en version française, ou Sinatra, ou Dean Martin, ou Aznavour, ou Charles Trenet. A part ça, je suis un inconditionnel de Nino Ferrer, d’Adriano Celentano, de Gainsbourg que j’ai eu le privilège de connaître et même d’accompagner dans une chanson russe dans une émission de radio qui traine depuis un certain temps sur You tube. Pour les musiciens, en tant qu’arrangeur, je vénère les Italiens et les Français des années 50 et 60. Paul Mauriat pour Aznavour ou François Rauber et Gérard Jouannest pour Brel, c’est le comble de l’intelligence. Je suis très parti pris pour les années 60 en variétés, en rock. Les compositeurs? C’est une longue liste de plusieurs pays, tout comme les paroliers. Et de temps en temps, je suis heureux de la rallonger en tant que simple auditeur.

14. Et si vous aviez eu une baguette magique (en politique, en économie, dans la vie culturelle) qu’aimeriez-vous ou qu’auriez vous aimé faire ?

Rien. Quoi qu’on fasse, il se trouvera toujours des imbéciles pour faire dévier la chose et comme dit un proverbe bulgare : “crever l’œil au lieu de dessiner le sourcil”. Il me suffit d’éviter de faire partie de ceux-là. Sinon, je crois que c’est dans le Talmud que se trouve la phrase : “Même là où je n’ai pas rencontré des hommes, j’ai essayé d’en être un”. On n’a pas besoin d’une baguette magique pour cela.

15. Si vous deviez dresser une liste, en vrac, des choses qui font que la vie vaut la peine d’être vécue, quelles seraient-elles?

La vie est une aventure. Tant qu’on la vit, on ne peut pas faire un compte-rendu objectif et en tirer des conclusions. Sauf si on s’est donné pour but un scénario et que tout le reste ne compte pas. Chacun est un cas à part. Si pour moi, les incertitudes, les imprévus, le fait de n’avoir jamais ni eu, ni à chercher d’emploi stable m’ont apporté en fin de compte – du moins jusqu’à présent! – les surprises agréables les plus inattendues et les satisfactions les plus marquantes, cela n’a pas été une partie de plaisir dans la vie quotidienne. Et cela a pu tourner au désastre. Être fidèle à soi-même si on a la poisse… Mais comment le savoir tant qu’on n’a pas essayé? Et comment savoir s’il faut s’obstiner?

16. Aimez-vous la pluie?

Ni plus ni moins que le beau temps. Cela dépend.

17. Les animaux font-ils partie de votre vie?

Ils en ont fait longtemps. Après, ce sont nos enfants qui ont assumé la relève pour leurs enfants. Si nous habitions à la campagne, nous aurions repris des animaux. Ce n’est pas le cas. Mais qui sait…

18. Qu’est ce que l’élégance pour vous?

C’est davantage ce qui se devine plutôt que ce qui se voit. Il faut savoir porter un vêtement, il faut savoir marcher, il faut savoir se tenir… Et laisser l’impression que tout cela est inné. Cela n’est pas donné à tout le monde mais on peut toujours faire un effort pour ne pas être ridicule. Ceci pour l’élégance physique. Quant à l’élégance de l’esprit, elle est dans le fait de penser ce que l’on dit plutôt que dire toujours ce que l’on pense…

 19. Qu’est ce qui demeure irréalisable pour vous?

Aucune idée. Je sais ce qui ne m’intéresse pas. Le reste…

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 Août 2013, Sabrina de Velder

© sabrinotshka (Please mention me if you find yourself in a sharing mood)

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